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🏃‍♀️ Sport et cycle menstruel : ce que la science commence à découvrir


Un sujet longtemps négligé


Pendant des décennies, la recherche en sciences du sport a été majoritairement centrée sur les hommes. Les femmes étaient souvent exclues des études sur la performance, l’endurance ou la récupération, par souci de simplification méthodologique et par crainte de la variabilité hormonale liée au cycle menstruel.


Aujourd’hui, les femmes représentent près de la moitié des sportives à haut niveau et des pratiquantes régulières. Ignorer leurs spécificités physiologiques, hormonales et sociales dans la recherche sportive revient à produire des recommandations incomplètes — voire inadaptées. Comprendre l’effet du cycle menstruel sur la performance et l’entraînement n’est pas seulement une question scientifique : c’est une question de santé, d’équité et d’optimisation de la performance.


marathon femmes

🤯 Pourquoi la question du sport et du cycle menstuel est complexe


Le cycle menstruel comprend plusieurs phases (folliculaire, ovulation, lutéale) caractérisées par des variations hormonales importantes : œstrogènes, progestérone et, selon les cas, influence d’une contraception hormonale. Ces fluctuations peuvent potentiellement influencer :

  • La performance physique : force, endurance, récupération, temps de réaction.

  • Le métabolisme : utilisation des lipides et glucides à l’effort, température corporelle.

  • La perception et le bien-être : fatigue, douleur, humeur.


Cependant, la quantification exacte de ces effets en fonction des phases du cycle est encore très méconnue car assez complexe à étudier.


Tout d'abord, la plupart des études passées sur le sport, la performance et le métabolisme, ont pendant longtemps inclus principalement des hommes. Malgré le fait que les femmes représentent aujourd'hui la moitié des sportifs actifs (parité atteinte pour la première fois lors de JO aux JO de Paris 2024), on observe une sous-représentation importante des femmes dans les études de recherche en médecine du sport.

Cette exclusion s'explique par des facteurs comme le désintérêt biomédical pour la santé des femmes en premier lieu, mais aussi la variabilité engendrée par le cycle menstruel féminin lui-même, impliquant une préférence pour exclure les femmes afin de rendre l'étude plus simple à mener et à interpréter.

Les recherches qui ignorent la complexité des hormones féminines continuent de contribuer à l’écart majeur dans la compréhension des perturbations hormonales.


Pour les études qui se sont attaquées au sujet, une autre complexité subsiste: la capacité à évaluer la phase du cycle hormonal des participante de façon fiable. La solution la plus simple à mettre en oeuvre reste le comptage basé sur le calendrier. On compte les jours à partir du 1er jour des règles. Cependant, cette méthode ne tiendra pas compte de la variabilité inter et inter-individuelle, et reste donc approximative et subjective. Un niveau de précision supplémentaire peut être apporté en effectuant un test urinaire avec un kit d'ovulation urinaire. Cela reste instantané et ne permet pas de bien déterminer l'ensemble des phases avec précision. Le dosage hormonal par prélèvement sanguin reste la meilleure méthode pour suivre le cycle hormonal individuel, avec toutes les contraintes que cela représente lorsqu'il s'agit de mener une étude sur plusieurs femmes sportives.


Tous ces facteurs expliquent pourquoi les résultats sont encore fragmentaires.


👩‍🔬 Ce que la science sait — et ne sait pas


Deux constats principaux émergent :

  1. La perception des sportives prime : entre 30 % et 100 % des femmes rapportent que leur cycle influence leur entraînement ou leurs performances.

  2. Les effets physiologiques restent faibles et hétérogènes : certaines variables (souplesse, cognition, récupération) peuvent fluctuer selon les phases, mais globalement, il n’y a pas de consensus scientifique solide.

En résumé : le cycle menstruel peut influencer le ressenti et certains aspects physiques, mais les preuves objectives sont encore limitées.


Les recherches en cours sur le sport et le cycle menstruel 🚧


La situation évolue rapidement grâce à plusieurs programmes :

  • Études longitudinales sur la performance et les symptômes, avec mesure hormonale précise.

  • Essais randomisés sur la périodisation de l’entraînement, comparant programmes adaptés aux phases du cycle versus programmes classiques.

  • Analyses multidimensionnelles, intégrant aspects physiologiques, cognitifs, psychologiques et nutritionnels.


Des revues récentes (2024–2025) confirment que les variations objectives existent mais restent faibles, tandis que la perception individuelle est souvent plus marquée. Le suivi personnalisé des sportives est désormais recommandé plutôt qu’une périodisation universelle.


Quelques études récentes sur le sujet:

  • Ekenros et al., 2024 — essai randomisé (RCT) sur la périodisation d’entraînement selon le cycle.Type : RCT en cours / rapport initial. Il s'agit d'une étude contrôlée visant à tester si périodiser l’entraînement selon les phases du cycle donne un avantage — les données préliminaires suggèrent un potentiel effet mais pas encore de preuve suffisante pour recommander une stratégie générale. doi: 10.1186/s13063-024-07921-4

  • Oester et al., 2024 — revue systématique sur perceptions et impact du cycle chez les athlètes. Cette revue rapport une très grande variabilité : entre ~3 % et 100 % des sportives déclarent un impact négatif selon les études ; la variation vient surtout de différences méthodologiques et de biais de rappel. https://doi.org/10.1016/j.jsams.2024.02.012

  • Jones et al., 2024 — revue / méta-analyse sur le cycle menstruel et la performance sportive (Frontiers in Sports and Active Living). Les effets objectifs sur force et/ou l'endurance sont en général très faibles ou non significatifs ; certaines mesures (flexibilité, timing, cognition) peuvent fluctuer mais la qualité des études est souvent jugée trop faible. https://doi.org/10.3389/fspor.2024.1296189

  • Elorduy-Terrado et al., 2025 — systematic review. Cette revue systématique confirme que certains paramètres (comme la souplesse, la perception de l’effort) varient selon les phases, mais l’hétérogénéité des méthodes et le petit effect size obligent à une certaine prudence dans les conclusions générales. https://doi.org/10.3390/muscles4020015

  • Ronca et al. / UCL, 2024–2025 — études sur cognition et phase du cycle. Plusieurs travaux issus de l'UCL montrent que les performances cognitives (temps de réaction, attention) peuvent fluctuer selon la phase : exemples notables — meilleures performances à l’ovulation ou pendant les règles selon l’étude, et le niveau d’activité physique influence souvent d'avantage la cognition que la simple phase. doi: 10.1186/s40798-025-00924-8

  • Carmichael et al., 2025 — revue sur le suivi du cycle en milieu sportif appliqué. Même si la périodisation standardisée n’est pas encore prouvée, le suivi personnalisé du cycle (tracking, questionnaires de symptômes) est recommandé pour optimiser santé et entraînement. https://doi.org/10.1177/17479541251333888



Les figures actives en France

La France n'est pas en reste sur le sujet et plutôt active en termes de recherche et d'implication.


Juliana Antero

Coordonnatrice du programme Empow’Her (Exploring Menstrual Periods Of Women athletes to Escalate Ranking), Juliana Antero et son équipe suivent les sportives de haut niveau pour documenter l’impact du cycle sur la performance et le bien-être. Leur approche combine physiologie, épidémiologie et suivi longitudinal. L'objectif principal d'EMPOW'HER est de maximiser les performances des athlètes féminines élites en optimisant leurs réponses à l'entraînement par des charges de travail adaptées en synergie avec leur physiologie et leur cycle menstruel (CM).

Ce programme est mené avec l’appui du Pôle Performance de l’INSEP et en collaboration avec les fédérations sportives françaises intéressées.

Le suivi a été mené tous les jours, via des montres connectées qui relèvent des paramètres physiologiques, de mouvement, ainsi qu'une application créée spécialement pour le programme, dans laquelle les athlètes entraient leur informations et ressentis (paramètres subjectifs). Des analyses hormonales ont également été menés en parallèle.

L'analyse de toute ces données est menée pour comprendre la réponse à l'entrainement.



Manon Dauvergne – La Réunion

Kinésithérapeute du sport, avec un Master en sciences du sport, elle a choisi de se lancer dans un thèse en sciences du sport sur le sujet.

Son sujet de thèse (inscription en doctorat depuis 2023) est précisément : « Effet des phases du cycle menstruel chez l’athlète féminine sur la performance neuromusculaire et les adaptations après entraînement en résistance ».

L'objectif de ce projet de thèse est d'un point de vue fondamental de mieux comprendre l'influence des paramètres physiologiques associés aux cycles menstruels sur la performance neuromusculaire, afin d'optimiser l'entraînement en proposant un programme de renforcement périodisé. Les inclusions ont débutées en 2025.

Elle étudie la performance neuromusculaire selon les phases du cycle et sensibilise le grand public via podcasts et vulgarisation.



Et encore plus de chercheuses universitaires

  • Marine Carpentier (Unité de recherche en Physiologie cardio-respiratoire, Exercice et Nutrition de l'Université Libre de Bruxelles) : Marine Carpentier est kinésithérapeute de formation (ULB, 2017) et possède un master complémentaire en pathologies du sport (ULB, 2018). Elle fait une thèse dans le laboratoire de physiologie cardiorespiratoire, exercice et nutrition, de la faculté des sciences de la motricité, à l'ULB, et s'intéresse à l'impact du cycle hormonal et de la contraception hormonale sur le système cardiovasculaire et la performance sportive.

  • Sarah Bagot (Laboratoire AME2P de l'Université Clermont-Auvergne) : elle étudie l'effet de l’interaction charge d’entrainement – statut hormonal sur le métabolisme énergétique de la sportive.

  • Léonie Augé (Université Paris 10) : approche croisée biologie / sociologie.



Conclusion : une question ouverte mais essentielle


Le cycle menstruel n’est pas un handicap systématique pour les sportives, mais il représente une variabilité physiologique qu’il faut comprendre et intégrer.


L’enjeu est multiple :

  • Produire des recommandations adaptées pour l’entraînement et la récupération.

  • Respecter et valoriser la spécificité physiologique des femmes.

  • Réduire les inégalités dans la recherche et la prise en charge.


Avec les recherches en cours et une sensibilisation croissante, le sujet du cycle menstruel et du sport est en train de sortir du silence scientifique. Les années à venir promettent des réponses plus robustes, personnalisées et pratiques pour toutes les sportives, de la débutante à l’athlète de haut niveau.

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